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On se réveille après un long hiver. On se dit en se réveillant : Que sera ma bonne nouvelle de la journée?  La journée passe et rien n’est venu troubler sa quiétude. Je m’allonge sur mon fauteuil afin de regarder les émissions du soir. Le téléphone me tire de mon engourdissement.

Dring, dring…. J’écoute… je fais la conversation que je peux avec la capacité que la vie m’a donnée. Avec tout l’amour de mère que j’ai au fond de mon cœur…Je ferme le combiné, puis je reste seule avec ce que je viens d’apprendre. Mon programme de télé ne m’intéresse plus car mon cerveau est en ébullition…. L’être à l’autre bout du fil est seul lui aussi et c’est le soir, et les nuits sont longues.  Courage, courage courage ! (Coure et rage) Non : Calme et espoir…

 La nuit a fini par s’en aller et le petit matin est là … Je consulte mon courrier et voilà encore Stefane Laporte une fois avec ses mots tout simples qui me donne un peu d’espoir.    

 

Texte de Stefane Laporte  dans La Presse du 7 Avril  2017

-Ça fait une semaine qu’il pleut. Et la semaine d’avant, il neigeait comme en décembre. Le printemps se fait attendre. Et c’est pour ça qu’on l’aime tant. Quand il va finalement se pointer, on va lui sauter dessus, comme un amoureux qui n’a pas vu sa blonde de l’hiver. Paraît que c’est pour demain. On annonce beau et chaud, demain. On va virer fou. Comme tous les ans. Les gens vont se promener en gougounes dans les nids de poule. Ça va être le festival des cuisses blanches sur les terrasses. Les dernières plaques de neige ne seront pas encore fondues, que l’on va déjà être tout nu. On aime le printemps, comme un amant pressé. Qui n’en peut plus. Pas de niaisage. On le prend sur-le-champ.

À Noël, tout le monde écoute des chansons de Noël. Ça nous met dedans. Au printemps, moi, j’écoute des chansons de printemps. Ça nous met dehors. La saison a tellement inspiré les poètes.

Il y a d’abord L’hymne au printemps de Félix Leclerc. Ce qu’il y a de ratoureux avec cette chanson, c’est qu’elle parle de l’hiver, plus que du printemps.

« Les blés sont mûrs et la terre est mouillée

Les grands labours dorment sur la gelée

L’oiseau si beau, hier, s’est envolé

La porte est close sur le jardin fané… »

Et c’est comme ça durant quatre couplets. Et puis soudain, le voilà enfin : 

« Vois les fleurs ont recommencé

Dans l’étable crient les nouveau-nés

Viens voir la vieille barrière rouillée

Endimanchée de toiles d’araignée… »

Impossible de bien décrire le printemps sans installer l’hiver, parce que le printemps, ce n’est pas seulement une saison, c’est un sauveur. Tout ce qui était mort redevient vivant. C’est ça, l’effet printemps.

Sur la liste des airs printaniers, il y a bien sûr Heureux d’un printemps de Paul Piché.

« On vit rien qu’au printemps

L’printemps dure pas longtemps »

Tout est là. Dans ce moment d’espoir. L’été, les rêves peuvent déjà être déçus. Tandis qu’au printemps, on peut toujours y croire.

Après, on mixe aux Deux printemps de Daniel Bélanger : 

« Ses yeux sont deux printemps

Qui me font sourire et ça me fait rire

Ses joues sont des torrents

Les miennes s’y baignent mais encore pire »

Parce que c’est ça, le printemps, la saison des amours. C’est pas le 14 février qu’on sent la sève monter. C’est au printemps qu’on a le plus envie de s’amouracher.

Peu importe si on s’est matché en septembre ou en janvier, c’est lorsque l’on vit son premier printemps à deux que notre amour se met à voler. Avant, on prenait son élan.

« C’est la plus belle saison de ma vie

La plus belle saison de ma vie. »

Si Bélanger le dit, c’est que c’est ainsi.

Dans un bouquet de chansons printanières, ça prend la ritournelle paysanne de Michel Fugain : 

« Le printemps est arrivé, sors de ta maison

Le printemps est arrivé, la belle saison… »

Ça prend aussi C’est le printemps de Léo Ferré : 

« Y’a nos chagrins qu’ont des couleurs

Y’a même du printemps chez le malheur »

Voilà la puissance du printemps. Même quand ça va mal, on dirait que ça va moins mal, parce que c’est le printemps. Parce que si on a pu sortir de l’hiver, on finira bien par sortir de ce qui va de travers. « Y’a même du printemps chez le malheur. » C’est sûrement la phrase la plus remplie d’espoir jamais écrite. Et ça vient du poète maudit qui a écrit qu’avec le temps, on n’aime plus. On voit bien ce que le printemps peut faire.

Je vous recommande aussi Printemps, été de Jean Leloup, Un nouveau printemps tout neuf de Bécaud, Au printemps de Brel, Aguas de Março(Les eaux de mars) d’Antonio Carlos Jobim, Le grand ménage du printemps de Stephen Faulkner, Retenir le printemps de Fred Pellerin, Ce sera le printemps pour tout le monde de Rivard, Printemps de Valiquette, Printemps de Cœur de pirate, Printemps de Barbara (vous avez le choix), Y’a le printemps qui chante de Claude François, Le printemps des amants de Mara Tremblay, Dès que le printemps revient d’Hugues Aufrey, Comme on attend le printemps de Jérôme Couture, Spring de Tracy Chapman…

Y’en a pas autant que des chansons de Noël, mais y’en a assez pour accompagner ces journées qui nous donnent envie de vivre. Malgré les tueries. Malgré la Syrie.

Appréciez la chance qu’on a de ne craindre du ciel que la pluie, la neige et la grêle. Et de recevoir, quand on en avait trop besoin, le beau temps.

Joyeux demain tout le monde !

( Stefane Laporte) .

Blandine Meil