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Il est temps que je vous parle de Pierre Danzé, mon mari durant trente trois ans.

Jean-Yves et Jeanne le Bars ses parents ont attendu onze ans avant de mettre au monde un  fils  dans leur ferme de kerneyen à Esquibien.  Ce fut leur seul enfant. De kerneyen jusqu'au bourg d'Esquibien en ces années de début du siècle dernier il n'y avait que des chemins creux , des chemins qui ne servaient qu'aux charrettes des paysans. Sa mère lui fit donc l'école à la maison jusqu'à l'âge de neuf ans, où on le trouva assez solide des jambes pour parcourir  le chemin  de  4 km jusqu'à l'école communale du bourg. Il partait tôt le matin avec un  peu de pain et sa soupe du midi dans un pot qu'une voisine charitable du bourg lui réchauffait  . Retour à 4h sur ses petites jambes jusqu'à Kerneyen.  Quelquefois un voisin charitable rencontrer en chemin le faisait grimper dans sa charrette pour un petit bout de chemin. Puis à onze ans, ce fut vers le pensionnat du «Petit Séminaire de Pont-croix» qu'on le dirigea. Il fut un élève brillant qui obtint la certificat d'études  à treize ans. Ses parents venaient le chercher les fins de semaine et les jours de congé, en «char à bancs» qui était la voiture de luxe du temps. Cette voiture ou char à bancs servaient aux fermiers pour se rendre à la messe le dimanche, au marché du samedi à Audierne et à la foire de Pont-croix s'il n'y avait pas de cochons à transporter, sinon la charrette était de mise.

A la maison, Pierre devait aider aux travaux de la maison et des champs. Ce n'était pas son point fort. Il préférait les études. Ce qui devint un sujet délicat entre le père et le fils, qui leur amena des frictions tout au long de leur vie.

En écrivant je comprends un peu le Père  qui voyait en son fils son successeur pour la ferme. Mais les visions des pères d'une génération à l'autre diffèrent toujours de celles de leurs enfants..  

Pierre fut donc pensionnaire jusqu'à l'âge de 19 ans.  Il venait d'obtenir une bourse pour aller étudier  à la célèbre «École d'architecture»  de  Mens en Belgique. Deux élèves seulement eurent ce privilège. Mais le sort en décida autrement. A ce moment, Pierre reçu de l'administration française l'ordre  de se présenter pour son service militaire. À  cet ordre là tout jeune français se doit d'obéir :«Présent» !

Le jeune Pierre fut mis à rude épreuve dans son affectation. On l'envoya  au front  directement  dans une guerre que peu de gens connaissaient et dont peu de gens se souviennent aujourd'hui.  C'était la guerre du Rif au Maroc. Le Rif, étroite bande côtière du nord du Maroc méditerranéen était depuis 1912 sous protectorat français.

«La guerre du Rif  est une guerre coloniale qui opposa les tribus Rifaines  aux armées françaises et  espagnoles de 1921 à 1926. Les deux armées  agissaient officiellement en vertu des accords de protectorat passés avec le Sultan du Maroc.»

Les jeunes recrues françaises combattaient  parmi les  durs de «La légion étrangère». Ils y ont vu des horreurs, des combats corps à corps, des mutilations ainsi que des  actes de bravoure.

Je tiens quelques anecdotes de Pierre. Parmi la légion étrangère il y avait le frère du roi de Danemark. Celui-ci cherchait toujours un jeune pour lui sceller ou desceller son cheval  et lui donnait en retour une pièce de 10Francs  or.

Dans tout régiment il y a un aumônier. Un jour celui-ci cherchant «un servant » de messe demanda à Pierre.  Ce dernier grommela en breton: «gast me ch'oa »! (putain moi encore) ce à quoi l'aumônier le surprit en lui répondant dans la même langue : « Chom sioul va mab  fi zo en illis aman» en partant d'un éclat de rire en voyant la stupeur de Pierre.( Garde le silence mon fils tu es dans l'église ici)   De ce jour ils devinrent copains en  conversant dans leur langue bretonne commune!

Une nuit tandis que Pierre et un autre jeune étaient de faction derrière un mur, leur supérieur  les surpris sommeillant. Réveiller brusquement  ils se dirent nous sommes bons pour le conseil de guerre! .. depuis combien de temps vous n'avez pas dormi? quel âge avez-vous? Depuis trois jours!  et 19 ans! mon commandant! Au lieu d'une semonce ils entendirent ceci : C'est une honte pour la France  d'envoyer des gamins comme vous au front.

Dans ces guerres et ces combats, des amitiés se nouent à vie. Un soldat fut gravement blessé dans une fuite devant l'ennemi. Il tomba devant Pierre. Ce dernier l'enroula comme il put dans un pansement rudimentaire car s'il le laissait là c'était la mort certaine . Il suppliait Pierre de le laisser mourir là.  Non, lui dit Pierre j'aime mieux te voir mourir sur mon dos que de te laisser à l'ennemi. Il réussit à l'emmener jusqu'à un poste de secours...  Puis Pierre le perdit de vue. Jusqu'à 25 ans plus tard où il apparut un jour à Kermaléro avec femmes et enfants  venus remercier Pierre de l'avoir arraché à la mort au Rif marocain.

 

«Citation»

Troupes d'occupation du Maroc -----------  Ordre général n0 440

Le Maréchal de France Lyautey, commissaire résident général de France au Maroc. Commandant en chef. Cite à l'Ordre des Troupes d'Occupation du Maroc, les Unités et militaires dont les noms suivent.

Le 10 ème groupe d'artillerie  de Campagne d'Afrique.

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Unité d'Élite, le 10 ème groupe d'Artillerie de Campagne d'Afrique sous les ordres du chef d'Escadron THIERRY a fait montre depuis 1920, dans les divers combats livrés dans la région d'OUEZZAN des plus belles qualités manœuvrières d'allant et d 'esprit de sacrifice particulièrement  aux divers ravitaillements d'ISSOUAL. S'est engagé toujours à fond, parfois à courte distance de l'ennemi, pour permettre à l'infanterie de remplir sa difficile mission.

 

Cette citation comporte l'attribution de la croix de guerre des T.O.E avec palme.

 

Au Q G à Rabat le 18 janvier 1924

Signé: LYAUTEY

Le brigadier: DANZÉ

a fait partie  du 10ème groupe de Campagne d'Afrique.

du: 12 décembre 1922 au 11 Mars 1924

FEZ le 10 Mars 1924

Le chef d'escadron THIERRY commandant le 10ème groupe de campagne d'Afrique.

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De retour de son service militaire, Pierre s'ennuyait à la ferme. Il voulait sur les conseils de sa mère retourner à ses études d'architecture. Son père  était en complet désaccord.

Pierre était très déçu et en voulait à l'administration française de l'avoir arraché à un bel avenir  dans la célèbre école d'architecture de Mens. Son autre collègue  qui avait évité  le service militaire à cause d'une date d'anniversaire différente, fit de brillantes études  et fut très reconnu comme architecte  de Ponts en Pologne. C'était dans les années suivant la guerre de 14-18 et le travail de reconstruction  dans toute l'Europe battait son plein.

Notre Pierre étant très têtu comme tout bon breton  répondit à son père: Je pourrai avoir pour la somme de dix francs or, un domaine au Maroc ! Et si cela t'ennuie je peux aussi me marier  et vivre ailleurs. « Comme dans un conte le père répondait Nenni» » pensant garder son fils près de lui pour l'épauler. Mais quand on a 21 ou 22 ans, le monde s'ouvre devant soi et on n'a peur de rien, surtout après avoir connu l'horreur d'un champ de batailles .

Il s'en fut donc chez sa cousine Jeanne à Kerhor et la demanda en mariage.

Les fiançailles et le mariage furent conclus en 1925. Deux jeunes mariés de 23 ans. Où allaient-ils habiter? ...   à suivre ...

 

Par:Blandine Meil